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SIMONE ROZES |
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Président
de la SIDS Monsieur
le Secrétaire d'État à la Justice, Monsieur
le Directeur du Centre
de Prévention des
Crimes des Nations Unies, Mesdames
et Messieurs, Mes
chers amis, notre tradition nous rassemble aujourd'hui pour notre quatorzième
Congrès quinquennal. Les
tragiques événements du 11 Septembre nous ont contraint à quelques aménagements
de temps et de lieux, mais je tiens à rendre hommage au Gouvernement
portugais dont la compréhension et la générosité nous permettent de
nous retrouver ici, à Lisbonne, dans ce cadre prestigieux, et de
respecter ainsi la coutume observée par les Nations Unies et par chacune
des quatre grandes associations qui oeuvrent dans le domaine de la
criminologie et qui, vous le savez, se réunissent chaque année
à tour de rôle tous les cinq ans. C'est
en effet à Lecce, en Italie, voici un peu plus de cinq ans, que s'est
tenu notre XIIIème Congrès. C'est le dernier auquel a participé, après
l'avoir organisé avec son efficacité habituelle, notre si regretté Secrétaire
général Adolfo Beria di Argentine. Permettez-moi de saluer ici sa mémoire
et je suis certaine que tous ses amis ici présents conservent avec émotion
et gratitude son souvenir. Nous avons promis de ne pas l'oublier et ce
soir nous lui dédions ce Congrès. C'est
une raison supplémentaire pour adresser de profonds et sincères
remerciements aux autorités portugaises, notamment au Ministère de la
Justice, à Mme le Ministre de la Justice, qui, dans une période agitée
et difficile de constitution d'un gouvernement, ont maintenu leur
invitation et leur soutien. J'ai
le plaisir aussi de féliciter le
Professeur Jorge De Figueiredo Dias, qui est le Président du Conseil
scientifique de la Faculté de Droit de Coimbra et l'un des nos vice-présidents.
Il lui revient un immense mérite dans l'organisation de cette journée:
il en a été la cheville ouvrière et il a en même temps accepté d'en
être le Rapporteur général. Mais je voudrais aussi remercier tous ceux
qui ont préparé ce Congrès et en particulier Monsieur Romao, dont le dévouement
nous permet d'être ici ce soir. J'éspère
que la qualité de nos travaux viendra récompenser les uns et les autres
de leurs efforts, ces efforts que nous apprécions à leur valeur. En
choisissant pour thème «Défense sociale et droit pénal pour la
protection des générations futures», notre mouvement affirme son souci
constant d'accompagner le monde actuel et de faire preuve de vigilance à
un moment où s'affrontent des forces souvent contradictoires,
susceptibles de mettre en péril, si on n'y prend pas garde, les valeurs
qui ont toujours été difficilement acquises. A chaque instant, la presse,
la radio, la télévision, nous présentent de nouvelles découvertes, de
nouvelles catastrophes, de nouveaux drames d'origine technologique, dont
les conséquences, amplifiées par les techniques de communication,
concernent tous les individus dans leurs biens, comme dans leur vie et
dans leur santé. Les
progrès de la science, qui sont et demeurent incontestables, se révèlent
néanmoins porteurs d'angoisse profonde et de périls pour l'homme qui découvre
ainsi son propre pouvoir sur la nature elle-même et sur ses tentations:
le génie génétique nous donne – n'est-t-il pas vrai – un certain
vertige. Par leurs dimensions, par leurs interactions, les activités
humaines créent des risques dont l'ampleur n'est pas forcément prévisible
et peuvent être porteuses de lourdes conséquences. Dans ce contexte, les
mentalités du public évoluent vers une recherche de normes nationales et
internationales destinées à sa protection, exigeant ainsi la mise en
oeuvre de contrôles sérieux. On assiste alors à l'émergence de
nouveaux principes, tel le principe de précaution, par exemple, qui n'est
pas limité à l'environnement – contrairement à une idée assez
souvent reçue – et face aux incertitudes des scientifiques, il est vrai
que des mesures conservatoires doivent intervenir, il est vrai aussi
qu'elles doivent être d’un coût acceptable. Toutes
ces données traduisent bien de difficultés. Dans l'adaptation de la société
à ces changements qui sont inéluctables, nous le savons, je crois que le
juriste a un rôle majeur à jouer. Le symbole de la balance qui est si
cher à son coeur, y tient toute sa place, car il faut en effet équilibrer
les bienfaits du progrès et les risques encourus pour permettre aux générations
futures de s'épanouir dans le monde nouveau. Ils paraissent bien simples
à enoncer ces propos, mais ils recèlent des dangers considérables pour
la liberté et la défense des valeurs essentielles qui fondent notre
Mouvement de défense sociale. C'est donc, tout naturellement, en fonction
de ces considérations que le thème de ce Congrès a été retenu: il
s'inscrit dans une parfaite cohérence avec les précédents, qui ont tous
été dévolus, sous une forme ou sous une autre, à la recherche d'une
politique criminelle capable de lutter contre la délinquance au sein
d'une société en constante mutation depuis le dernier conflit mondial. Aujourd'hui
comme hier, il est nécessaire de tenir compte des évolutions existantes
pour rechercher, parfois avec audace, toujours avec ténacité, les moyens
propres à parvenir à l'équilibre auquel je faisais allusion tout à
l'heure et, pour atteindre ce but, il faut ne pas craindre d'innover dès
lors que les notions classiques se révèlent inadéquates. Le domaine de
la responsabilité pénale en offre un bon exemple. Le glissement du
fondement sur la faute subjective vers le risque est l'un des aspects les
plus significatifs, avec pour corollaire la responsabilité des personnes
morales, naguère inimaginable en raison précisément de la notion de
faute, élément indispensable à la poursuite. De même, en dépit de
tous les freins et de tous les obstacles, dont elle est jalonnée, la voie
qui mène à l'intervention des Cours pénales internationales, chaque
jour davantage, encore que bien difficile à mettre en œuvre. On
peut encore signaler que la Charte des droits fondamentaux dans l'Union
européenne illustre bien les exigences nouvelles de l'opinion publique en
ce domaine. Le Mouvement de Défense Sociale, qui a tant inspiré de législations
depuis cinquante ans, est en parfaite harmonie avec ces orientations. Les
rapports qui vont être présentés et les débats qui vont suivre, j'en
suis certaine, vont être riches et passionnants. L'inquiétude éprouvée
face à l'héritage à transmettre aux générations futures est l’enjeu
stimulant qui doit nous guider et il est bien vrai que nous désirons
parvenir à surmonter les dangers réels de l'époque contemporaine et de
ses bouleversements pour que les jeunes générations éprouvent le
bonheur de vivre dans la paix en êtres humains résponsables. Je
vous remercie. Je
donne maintenant la parole à Monsieur le Directeur du Centre
international pour la Prévention du Crime des Nations Unies, Monsieur
Eduardo Vetere. |